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 La Lettre du 03 juillet 2020
 
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Bonjour à chacune et chacun,

J’ai consacré mon éditorial de la semaine dans L’Humanité Dimanche aux élections municipales ; j’y reviens plus longuement dans cette lettre.
 
Une demande de renouveau
 
 
L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 02 juillet – par Patrick Le Hyaric.
 
lire l'édito
 
Mais, en plus du renouvellement gouvernemental en cours, d’autres sujets sont très important à suivre et doivent faire l’objet de mobilisations. Evidemment le mouvement antiraciste en cours (sans le déconnecter de la question principale de classe), la nécessité de se remobiliser avec plus de force pour empêcher l’extrême droite israélienne et ses alliés d’annexer la Cisjordanie et de porter plus que cela ne se fait l’enjeu d’un Etat pour les Palestiniens. Enfin, les tourments et les tournants de l’Union européenne qui va être présidée pour six mois par la chancelière de l’Allemagne. L’Humanité y a consacré son événement principal le 2 juillet (à retrouver ici).  
 
 
J’ai à cette occasion rédigé un éditorial : Changer de voie pour l’Europe
 
Mais je souhaite dans cette Lettre m’attarder sur deux questions :
 
  • Un retour sur les élections municipales
  • La bataille pour obtenir une défiscalisation des abonnements aux journaux d’information générales et politique dans le cadre du plan de survie de la presse que j’ai exposé ici il y a quelques semaines.
 
L’urgence d’un plan pour que vive la presse
 
 
Accéder ici
Retour sur les élections municipales
 
Il est bien difficile de tirer des enseignements définitifs de ce scrutin si particulier, plombé par l’épidémie et pour lesquels seulement quatre électeurs sur dix se sont déplacés. L’écart de quinze semaines entre les deux tours n’aura pas contribué à maintenir la tension, ni les valses hésitations de l’exécutif sur la date du second tour. C’est aussi dans des conditions politiques nouvelles que les électeurs ont été appelés aux urnes, après que le confinement eut rebattu nombre de cartes et ajourné quelques sujets majeurs, sur les retraites notamment.

L’abstention massive est évidemment la donnée principale du scrutin. Il serait erroné d’imputer ce triste record à la seule épidémie. Si l’exécutif aura tout entrepris pour taire l’importance du vote de façon à atténuer les effets d’une déroute prévisible, constatons que, de scrutin en scrutin, les citoyens boudent toujours plus les urnes. Les élections municipales, jusqu’ici épargnées, ne font plus exception.

Au-delà des causes contingentes, il existe donc des raisons fondamentales à cette chute de la participation. Nous assistons, concomitamment à l’emprise néolibérale, à un lent et profond processus de dépossession de la souveraineté populaire qui contribue peu à peu à vider les élections de leur sens démocratique. Et les communes, qui restent encore des foyers de démocratie et d’intervention dans un système institutionnel verrouillé, sont progressivement dépossédées de leurs prérogatives au profit de structures technocratiques éloignées des citoyens.

Leurs budgets sont toujours plus contraints et mis graduellement sous tutelle d’un Etat lié aux marchés financiers qui rogne leur autonomie fiscale (la suppression de la taxe d’habitation est à cet égard un violent coup d’accélérateur), et freine le développement de politiques locales audacieuses. Il en découle un sentiment, fort injuste pour les élus les plus engagés, d’indifférenciation politique, malgré l’effort des municipalités de progrès pour faire vivre et développer les services publics dans les domaines de la santé, du logement, des loisirs ou de l’éducation, mais qui contrebalancent à peine les effets structurant et délétères des logiques libérales.
 
La Vème République entre ainsi dans une nouvelle phase de sa dégénérescence : technocratie liée à l’exécutif lui-même unilatéralement amarré au capital, divorce entre les institutions publiques et la population, rejet des partis...

Inversement, la concentration continue des prérogatives politiques aux mains de l’exécutif et au détriment de toutes les assemblées, locales comme nationales, permet à l‘élection présidentielle de tirer son épingle du jeu. Pire, elle concentre désormais toute l’attention des médias comme des partis politiques. Clé de voute institutionnelle tournée à double tour, l’élection présidentielle verrouille la démocratie. Election plébiscitaire, elle entraîne les citoyens tout en les détournant des enjeux démocratiques. La cinquième République entre ainsi dans une nouvelle phase de sa dégénérescence, observable à différents niveaux interdépendants : technocratie liée à l’exécutif lui-même unilatéralement amarré au capital, divorce entre les institutions publiques et la population, assèchement de la démocratie, rejet des partis.

Le vote s’apparente désormais à une forme de distinction sociale de citoyens qui perçoivent un intérêt direct au changement ou à la reconduite des équipes municipales. Les classes populaires, les ouvriers et employés, notamment du secteur privé, ne voient massivement qu’un intérêt relatif à faire le déplacement dans les bureaux de vote. L’analyse des scrutins dits « intermédiaires » (élections départementales, régionales, européennes, législatives et désormais municipales) est donc tendanciellement celle du comportement électoral des classes moyennes et supérieures, malgré des nuances observables ici où là. C’est un lourd défi pour le Parti communiste dont l’une des fonctions est d’offrir une représentation et un outil politique aux classes populaires.
 
C’est essentiellement la droite, identifiée comme la force garante d’un ordre immuable, qui profite du scrutin en mobilisant comme toujours son électorat, à l’exception notable des centres urbains des métropoles. Ces quartiers où le prix du foncier et des loyers a explosé ces dernières années avaient porté leurs suffrages sur Emmanuel Macron en 2017. Ils ont, cette fois-ci, massivement fait le choix de l’écologie politique, permettant à EELV de gagner, dans l’union mais en tête de liste, Lyon, Bordeaux, Besançon, Poitiers, Tours, ou encore Strasbourg et manquant à quelques voix de faire basculer des villes aussi importantes que Toulouse, sur la droite, ou Lille, sur le Parti socialiste.

Les classes rentières attachées à l’ordre entrent, dans ces espaces, socialement et géographiquement en concurrence avec des classes adossées à la dynamique moderne du capital, connectées, ouvertes sur le monde, profitant peu ou prou des effets de la mondialisation, et portant certaines des valeurs identifiées à gauche, dont l’écologie. Inversement, dans les villes moyennes et à la périphérie des métropoles, c’est bien la droite qui sort grande gagnante du scrutin. Elle garde en outre bon nombre de villes de plus de 100 000 habitants.

Dans un contexte où le parti présidentiel s’est sensiblement droitisé, ouvrant ainsi à sa gauche un nouvel espace, la droite a empiété sur son extrême, qui a également pâtit de l’abstention record dans les milieux populaires. C’est ainsi que l’extrême droite a perdu la moitié de ses élus, défaite masquée par la prise de Perpignan et la reconduction de quelques maires qui ont néanmoins tenus à prendre leurs distances avec l’organisation « Rassemblement national ». Le parti présidentiel, sans base sociale établie et fidélisée et naviguant entre deux eaux, subit une défaite cinglante et inédite.
 
Une réactivation du clivage entre la gauche et la droite, mais délesté du vote des catégories populaires...
 
On notera ce paradoxe que les trois forces principales de l’élection présidentielle de 2017 (LFI, RN et LREM), sont celles qui n’auront pas réussi à s’imposer dans ce scrutin, témoignant une fois encore du caractère très singulier et pervers de ce scrutin phare de la cinquième République.

Le parti socialiste, quant à lui, se maintient remarquablement dans de nombreuses villes, conservant même la capitale. Ce sont encore des listes d’union qui lui permettent de tenir bon et de s’affirmer comme force d’implantation locale, contrebalançant les effets de l’abstention en récupérant, lui aussi, une partie de l’électorat qui s’était dirigé vers M. Macron aux dernières présidentielles.

Le remarquable résultat des maires communistes sortants réélus au premier tour témoigne du fort attachement des citoyens au communisme municipal, à la fois bouclier social et laboratoire de politiques publiques. Entre pertes de villes symboles et reconquêtes ou conquêtes, le second tour s’est avéré plus mitigé. C’est que, dans un deuxième tour, la dynamique de rassemblement est primordiale. Or, c’est souvent la désunion (jusque dans les rangs mêmes du Parti communiste !) qui a permis d’offrir sur un plateau les villes à une droite minoritaire ou à des opposants de « gauche » engagés dans un combat anticommuniste comme à Saint Denis (93). Comme quoi on peut être porte-parole de Benoit Hamon un jour et anti-communiste acharné toujours. C’est à l’inverse le rassemblement des forces progressistes associant mieux des citoyens non engagés a priori qui a permis d’en conquérir de nouvelles.

Etant donnée la prédominance des classes moyennes et supérieures dans le vote, il a pu apparaître moins aisé pour le Parti communiste de porter l’union. Reste que les dynamiques d’union, là où elles ont réussi à s’affirmer, auront permis l’élection de nombreux militants communistes ou apparentés qui porteront dans leurs assemblées une voix nécessaire à l’existence d’une gauche véritable, assumant la conflictualité avec le capital et les politiques de relégation urbaines et sociales. Autre enseignement pour le Parti communiste : la perte de la gestion d’une ville ne veut en aucun dire qu’il ne pourra pas y revenir. Ainsi Villejuif, Bobigny, Noisy-le-Sec et d’autres montrent que les citoyens peuvent refaire majoritairement confiance à des militantes et militants communistes à condition de ne jamais se départir de sa mission de défenseurs des classes populaires et ouvrières.

Nous assistons donc à une réactivation du clivage entre la gauche et la droite, mais délesté du vote des catégories populaires. Il serait donc hasardeux de prétendre reconstruire la gauche à partir de ce scrutin, ou d’en tirer des conclusions trop hâtives sur l’avenir à brève ou moyenne échéance. Il s’agit néanmoins d’une étape importante qui aura notamment porté irrémédiablement et heureusement la thématique écologique, composante centrale des listes d’union plébiscitées par les électrices et électeurs.

Au regard de l’abstention, les maires nouvellement élus auront l’obligation de gagner en légitimité auprès d’une population qui, en majorité, ne les aura pas élu, dont de nombreuses travailleuses et travailleurs. Il faudra pour ce faire offrir des cadres d’expression aux classes populaires, à toutes celles et tous ceux qui vivent de leur travail ou en sont privés, pour engager avec elles et pour elles la transition écologique, défendre l’emploi et les services publics.

L’abstention comme l’émergence de personnalités nouvelles, souvent inconnues et absentes du barnum médiatique peut être l’occasion d’une réinvention des pratiques politiques au niveau local. C’est peut être cette soif de réinvention et de renouveau, exprimée aussi bien par le vote que par l’abstention, qui pourrait être le premier enseignement de ce scrutin.
 
Aider les abonnés à un journal en défiscalisant le prix de l’abonnement
 
Comme il a été mentionné plus haut, nous avons commencé à mener une bataille pour obtenir que les abonnés bénéficient d’une déduction fiscale sur le prix de leur abonnement. Nous souhaitons que cette décision puisse être prise dans le cadre du collectif budgétaire (loi de finances rectificatives) actuellement en discussion au parlement.

Celle-ci a eu a connu un premier prolongement lors d’un débat à l’Assemblée nationale  le mardi 30 juin. Finalement le gouvernement a déposé un amendement visant à octroyer « un crédit d’impôt pour le premier abonnement à un journal, à une publication périodique ou à un service de presse en ligne d’informations politique et générale ». Nous avons donc réussi à débloquer un verrou. Mais le pouvoir propose une aumône.
 
Se montrant peu convaincue lors de la séance, la secrétaire d'Etat à l'Economie Agnès Pannier-Runacher a exposé « Un crédit d’impôt sur le revenu au titre du premier abonnement à un journal (…) au taux de 50% et dans la limite d’un plafond de 50 € par foyer fiscal ; (…) il sera accordé une fois par foyer fiscal dont le revenu fiscal de référence est inférieur, pour une part de quotient familial à 10 000 €, cette limite étant majorée de 25% par demi-part supplémentaire. »

50 euros, c’est déjà moins que le rabais que nous faisons sur le prix de nos abonnements. Cela ne concernerait que les nouveaux abonnés. Or notre proposition est d’accorder ce crédit d’impôt d’au moins 50% à tous les abonnés à l’occasion du réabonnement avec un plafond de ressources situé entre 32 000 € et 25 000 €. Il s’agit d’une double mesure : une aide aux abonnés au moment où, après la crise sanitaire et avec la crise sociale, de nombreux foyers risquent de se priver de leur journal faute de moyens financiers suffisants. D’autre part le développement du nombre d’abonnement est un enjeu d’équilibre économique pour les entreprises de presse parce que ce sont des recettes stables qui permettent de prévoir les trésoreries de moyen terme. C’est aussi du lien social avec le facteur ou le porteur qui passent dans les quartiers et les villages.

Le collectif budgétaire sera examiné par le Sénat le 16 juillet. D’ici là, il est indispensable d’amplifier la campagne pour obtenir une vraie défiscalisation des abonnements et non pas une ridicule aumône, en utilisant la pétition ci-jointe que nous mettons à la disposition de toutes et tous. Nous avons déjà reçu de nombreuses signatures. Il serait utile de faire circuler cette pétition sans attendre sur les réseaux sociaux* pour déployer une vraie campagne d’ici le 16 juillet.
 
* N'hésitez pas à relayer la pétition à travers les liens suivants:
 
 
 
Vous souhaitant la meilleure semaine possible, recevez mes amicales salutations. 

Patrick Le Hyaric
 
« Le Feu d’Elsa » une belle et exceptionnelle édition spéciale de l’Humanité
 
ELSA TRIOLET, 1896-1970 - A la découverte d’une célèbre inconnue
 
L’un des plus grands poètes du XXe siècle l’a aimée, Louis Aragon. Elle fut renvoyée au rang de muse, cantonnée à ce rôle, effacée derrière la figure écrasante de son époux. Mais qui se cachait derrière Les yeux d’Elsa ? Qui fut l’écrivaine Elsa Triolet, auteure d’une œuvre littéraire considérable, née en Russie, qui publia vingt-sept livres et devint la première femme à obtenir le prix Goncourt, en 1944 ? Qui fut la Résistante, qui fut cette grande intellectuelle de l’après-guerre, son prénom devenant un mythe ?

Cinquante ans après sa mort, survenue le 16 juin 1970, l’Humanité a décidé de rendre hommage à cette femme exceptionnelle, complexe, amoureuse et inquiète, porteuse des promesses et des beautés de l’aube.

Ce hors-série, intitulé « Le Feu d’Elsa » et réalisé en partenariat avec le Maison Elsa Triolet-Aragon, vise deux objectifs : sortir Elsa Triolet du purgatoire au fond duquel elle est restée assignée ; et aider redécouvrir ce talent littéraire hors normes, injustement tombé dans l’oubli.
 
 
 
 Lectures
 
Je vous conseille de lire deux petits livres très intéressants parus aux éditions de L’Humanité. Ecrits par deux philosophes communistes de grande qualité, Jean Paul Jouary et Bernard Vasseur, tous deux tirent à partir d’angles différents des enseignements de la période qui vient de s’écouler tout en traçant des perspectives pour l’avenir. Deux livres utiles donc à la fois pour se cultiver et pour se donner des atouts supplémentaires dans le combat pour un autre monde.
 
« De l’effet papillon à l’effet pangolin.
Petit essai philosophique sur le coronavirus »
Pendant la pandémie du coronavirus les soignants soignent, les gendarmes gendarment, les transporteurs transportent, les étudiants étudient, les enseignants télé-enseignent, les médias médiatisent. Les gouvernants, plus que jamais, s’arrogent le droit de diriger. Quant aux philosophes, ils philosophent. Ces quelques réflexions ont été rédigées en mars 2020, en plein confinement, avec le secours de Platon, Aristote, Pascal, Rousseau, Kant, Sartre et quelques autres. Et si cette pandémie ramenait à la surface des problèmes essentiels de nos sociétés et de chacun de nous ?
 
Jean-Paul Jouary est agrégé et docteur en philosophie, et enseigne à Paris et Abidjan. Il a publié une trentaine d’ouvrages, parmi lesquels, en 2019, La parole du mille-pattes. Difficile démocratie (éditions Belles Lettres) et Manuel de philosophie populaire. Sous les idées, la vie.
 
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« Après la crise sanitaire ?
L'après capitalisme »
Après la violence de ce que nous avons dû endurer, qui nous frappe encore et le monde entier avec nous, il ne faut pas « la jouer petit bras ». Laissons l’eau tiède à qui s’en satisfait ! Et disons plutôt : aux grands maux les grands remèdes ! Car la question n’est pas celle du « jour d’après », mais celle du « système d’après », celle de « l’après-capitalisme », celle de ce que Marx appelait pour sa part « le communisme », mais un « communisme » pensé à neuf, qui n’a rien à voir avec ce que l’histoire a catalogué sous ce terme. Mais ne nous bloquons pas sur le mot, explorons plutôt ensemble son contenu possible. Ma conviction est que « le monde à l’envers du confinement le soir chez soi » a ouvert les yeux, musclé les ré­flexions, libéré les prises de conscience et délié les imaginaires, et que le monde dit à l’endroit – celui de nos habitudes et de la vie dite « normale » – en a pris un sacré coup.
 
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