La Lettre du 10 octobre 2020
patrick-le-hyaric.fr/
 
Facebook
Twitter
Instagram
Youtube
 
 
Voir la version en ligne
 
 
Bonjour à chacune et chacun,
 
Nous avons de fortes pensées pour les populations des Alpes Maritimes touchées par ce que l’on a appelé la tempête « Alex ». Elle a provoqué des destructions immenses, balafrant les paysages, détruisant maisons et routes, et semant la mort en abattant des maisons, grossissant les rivières, détruisant installations électriques et équipements divers. Ainsi cohabitent des sécheresses et de telles épisodes de colère incontrôlable du ciel. Ceci pose à nouveau, selon de nombreux spécialistes, les enjeux des modifications climatiques. De tels phénomènes pourraient se répéter plus souvent selon ces spécialistes. La vigilance sur les moyens de faire cesser le réchauffement climatique doit donc redoubler pour obtenir d’autres trajectoires dans le développement des économies et des sociétés.

Nous ne pouvons également qu’avoir une pensée pour celles et ceux en nombre plus important atteint du Corvid-19 et de leurs familles. La crise du système de santé et de l’hôpital fait sentir ses douloureux effets. Une ambiance pesante s’abat à nouveau sur les populations au fur et a mesure des annonces gouvernementales ou des autorités sanitaires. Elles tentent de nous enfermer dans une réflexion qui se limiterait simplement à « la gestion » sans fin de la crise sanitaire, comme ils disent. Cette manière de procéder ne vise qu’à empêcher tout débat et toute action sur la nécessaire transformation de notre système de santé donnant la priorité aux personnels et a ses missions essentielles. Loin d’être suivi sur ce terrain le pouvoir est de plus en plus contesté.
 
On assiste donc au fil des semaines à une défiance encore plus grande du peuple envers les gouvernants. Au-delà c’est la nature même du système capitaliste, ses choix prioritaires avec ses règles d’austérité envers les populations et les services publics qui est interrogée et contestée. C’est à ce niveau qu’il convient de porter la confrontation d’idées et le sens des actions.

Toutes les enquêtes officielles montrent désormais que les populations les plus pauvres et celles qui disposent de moins de services publics sont celles qui souffrent le plus. Ainsi une étude de la Banque mondiale vient de montrer que la pandémie provoque une vertigineuse chute des revenus du travail et l’explosion de l’extrême pauvreté. Près de 10% de la population mondiale devrait être touchée et on s’attend à la destruction de 195 millions d’emplois au cours de ce second semestre. A la fin du mois d’août un, milliard d’enfants subissaient la fermeture de leur école et la mortalité infantile progressait de 45%. On retrouve ces phénomènes sur notre sol national. Licenciements, chute d’activités et fermeture dans le secteur des petits commerces et l’artisanat, augmentation rapide de la pauvreté… Ceci risque de s’amplifier dangereusement. Comment s’organiser et se battre pour ouvrir une nouvelle perspective politique, voilà la question qui est posée.
 
J’ai consacré mon éditorial de l’Humanité Dimanche aux déclarations présidentielles et ministérielles sur « le séparatisme », pour décortiquer ce mot et dévoiler la stratégie politique qu’il cache. Après l’avoir mis en avant, le pouvoir tente maintenant de se « séparer » du mot pour expliquer que son projet serait de renforcer la laïcité alors qu’il veut un régime dérogatoire à la laïcité pour les musulmans.
 
Séparatisme, pente savonneuse
 
Le mot est pesé, soupesé depuis des mois, choisi pour blesser, diviser, et stigmatiser...
L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 1er octobre.
 
Lire ici
 
Mon éditorial était écrit avant le semblant de volteface du pouvoir reprenant le mot « laïcité ». Mais comme je l’explique ci-dessous, il y a des vices cachés à propos de la laïcité.
 
Laïcité : les vices cachés d’un débat mal embouché
 
Le mot s’est volatilisé après avoir été agité comme un spectre des mois durant devant l’opinion publique. Il ne sera finalement pas fait mention de ce « séparatisme », au singulier ou au pluriel, dans le « projet de loi » présenté le 9 décembre prochain par le gouvernement. Est-ce une preuve de l’embarras présidentiel face à ce mot chargé de sens, ou le témoignage d’un cynisme politicien ? Au-delà des mots, le texte du projet de loi en gestation nous permettra d’y voir plus clair.

Le président a donné la garantie qu’il ne toucherait pas à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Mais la tentation concordataire est belle et bien là, de son aveu même. Celui-ci avance donc sur une ligne de crête, la même qu’avait emprunté Nicolas Sarkozy lorsqu’il affirmait vouloir placer la spiritualité religieuse en cœur de la vie sociale et regrettait le « désert spirituel des banlieues ».

La volonté affichée de construire un « Islam des Lumières » peut se lire comme une tentative de construire un « islam gallican », c’est à dire à une définition dite « républicaine » (avec les ambigüités actuelles du terme) du fait religieux. Il faudrait mesurer la portée d’une telle dérive, contraire à la séparation instaurée en 1905. D’autres cultes ne manqueront pas de vouloir s’octroyer une place au soleil, en tendant patte blanche sur les fameux « principes républicains », si mal définis que l’extrême-droite y trouve désormais son compte.

Et l’on peut craindre que l’Islam sunnite – qui n’a ni clergé ni hiérarchie – ne puisse se fondre dans ce moule « républicain » aussi facilement. Ne court-on pas le risque de faire fuir les musulmans de cet islam placé sous tutelle pour aller rejoindre des tendances plus réactionnaires ? N’y-a-t-il pas, plus largement, volonté d’utiliser la religion pour pallier à la misère sociale qui s’abat sur le pays, dans le droit fil de la pensée libérale ? Voilà qui serait à proprement parler, une politique réactionnaire, à rebours des idées et principes construits dans le sillage des (vraies) Lumières.

Cette loi risque de n’être qu’un risible rideau de fumée contre les idées obscurantistes. La République est un acte de confiance disait Jaurès et la loi de 1905 une des manifestations de ce courage et cette audace qui caractérisent la République sociale alors en gestation. En affichant sa neutralité, l’Etat se met en retrait de la vie sociale pour garantir, en dernière instance, la liberté absolue de conscience. Cette conception de la laïcité est indissociable du développement d’une démocratie politique et sociale, à des services publics universels, à la défense des droits humains, à une Education nationale puissante et à un enseignement fondé sur la raison, vecteurs de sécularisation.
 
Il va falloir mener vigoureusement le débat pour nous prémunir d’une dérive, libérale sous couvert de républicanisme, et qui saperait l’un des piliers de la République sociale et démocratique.
 
Suez, Véolia et guerre intra-capitaliste 
 
En pleine pandémie, alors qu’on affirme en public a tout va que la priorité c’est la fameuse relance et peut-être un « monde d’après », on se bat durement au sein des sièges feutrés des conseils d’administration et des lieux de pouvoir. Ici ce qui compte n’a rien à voir avec les salariés, le bien public mais bien tout à voir avec le grand capital.
 
Regardons ce qui s’est passé dans la semaine dans la guerre déclenchée par le mastodonte Véolia pour s’accaparer une partie du groupe Engie, c’est-à-dire Suez, qui est la deuxième grande entreprise de service de l’eau « privatisée ». A coup de plus de … 3 milliards mis sur la table, Véolia achète une entreprise comme nous allons acheter une baguette de pain.
 
Puis un semblant de bras de fer est organisé pour camoufler le fait que Engie est prête à vendre Suez. C’est ce qui a été fait lors du dernier conseil d’administration dans un tour de passepasse – piloté semble-t-il depuis l’Elysée – que la justice devra éclaircir. Autrement dit la priorité pour ces gens n’est ni la relance, ni la transition environnementale, ni l’emploi mais bien la concentration du capital qui se fera au détriment du travail salarié et du prix de l’eau pour les usagers. Il est évident qu’une entreprise privée en situation de monopole fera augmenter les prix ne serait-ce que pour récupérer ces fameux 3 milliards jetés dans ce mécano capitalistique.
 
Or l’eau étant un bien commun public aux multiples enjeux sanitaires, alimentaires, environnementaux, on ne voit pas pourquoi elle doit être privatisée. Ces entreprises devraient être publiques et donc nationalisées.
 
Il faudra suivre avec attention les conséquences de la suspension par la justice, hier, de l’acquisition suite à la saisi en référé par les comités sociaux et économiques (CSE) du groupe Suez. Engie et Veolia ont annoncé leur intention de faire appel de la décision du tribunal judiciaire de Paris, laquelle a donné raison aux instances représentatives des salariés réclamant n’avoir « pas été informées et consultées régulièrement sur ce projet ».
 
Dans un autre lieu, la guerre intra-capitaliste nationale est déclenché : chez Lagardère où les grands fauves de Bolloré à LVMH – allié tantôt au Qatar tantôt à des fonds anglo-saxons – tentent de s’accaparer de ce qu’il reste de l’empire Lagardère au détriment encore du bien public : presse, radio, distribution de presse et de livres avec les Relay, etc. Décidément, les forces progressistes doivent reprendre l’offensive. Ceci n’est pas une manifestation de solidité du capital mais le révélateur de ses fragilités et de ses contradictions.

Voici des questions abordées par le philosophe Bernard Vasseur mercredi dernier lors de la présentation de son nouveau livre « Le communisme a de l’avenir…. à condition qu’on le libère du passé » à la Fédération de Seine-Saint-Denis du Parti communiste.
 
Cet exposé passionnant présente à grands traits le contenu du livre en revenant aux écritures « vraies » de Marx. Cette lecture fait l’effet d’un réarmement idéologique et politique pour affronter les temps actuels.
 
 
Vidéo
 
Le communisme a de l'avenir...
 
Marx n’est pas qu’un penseur de l’anticapitalisme. Mais le communisme tel qu’il l’a envisagé n’a jamais été essayé historiquement, alors que le changement de civilisation qu’il préconise et dont il indique les grandes lignes(l’après-capitalisme d’une société sans classes) n’a jamais été aussi actuel.
Telle est la grande thèse que soutient ce livre. Pour l’établir, il propose de lire Marx tel qu’on peut le faire aujourd’hui. En le détricotant des traditions militantes de la social-démocratie allemande et du marxisme soviétisé. En établissant par quelles ruses de l’histoire le communisme marxien a pu devenir le socialisme chez ses héritiers en titre. En déconstruisant la confusion et la prétendue synonymie du socialisme et du communisme. En montrant comment, loin de ce que nous en a montré l’histoire du XXe siècle, le communisme s’inscrit dans le combat pour l’émancipation humaine, celui de l’inventionet de la réalisation d’«une forme de société supérieuredont le principe fondamental est le plein et libre développement de chaque individu » (Le Capital, critiquede l’économie politique, livre I).
 
Commander ici
La force des combats pour l’Humanité
 
Texte publié dans l'Humanité du lundi 05 octobre
 
Les hasards de la vie nous ont permis d’acquérir l’original d’un texte de Jean Jaurès intitulé « Notre crise » daté du 5 octobre 1906. Nous souhaitons mettre le fac-similé de ce déchirant cri d’alarme à la disposition des lectrices et lecteurs et, au-delà, de toutes celles et ceux qui sont attachés à la vie et à l’histoire de l’Humanité. Il porte le témoignage que l’existence de notre journal n’a été, dès l’origine, qu’une succession de combats quotidiens.
 
Ceux-ci ont souvent été gagnés au prix du sang et d’immenses sacrifices par les équipes successives, par l’engagement des lectrices et des lecteurs, des élus et militants socialistes puis communistes, et par toutes celles et ceux qui se sont engagés aux côtés de ce journal devenu l’un des principaux titres de la presse quotidienne nationale...
 
Dans l’Humanité cette semaine...
Pour relire, voir ou partager les débats de la Fête parus cette semaine dans l’Humanité...
TAF | N°3
 
La pandémie de Covid-19 a fonctionné comme un puissant révélateur des fractures et des contradictions imposés par le capitalisme financiarisé au sens même du travail. Dans ce troisième numéro de la revue, les contributeurs nous donnent un point de vue, début d'une réflexion d'ampleur pour repenser le travail, ses implications, ses rapports au réel et ses évolutions nécessaires. Avec le directeur général de l’OIT, Guy Ryder, les sociologues Dominique Méda et Danièle Linhart, l’ex-ministre de la Fonction publique Anicet Le Pors, l'économiste Jean-Marie Harribey, le professeur de droit du travail Pascal Lokiec, l’autrice Fanny Lederlin, les syndicalistes Gérard Alezard, Hans-Jürgen Urban et Unai Sordo, la philosophe Isabelle Garo et, s’agissant du dossier sur l’ergologie, Yves Baunay, Jean-Pierre Burdin, Christine Castejon, Christine Eisenbeis et Jean-Marie Francescon... Format 20x26 - 112 pages
 
Commander ici
Manifeste pour une conception communiste de l'économie solidaire
 
Cet ouvrage est une aide pour tous ceux qui veulent s’inscrire dans une démarche de dépassement du capitalisme et construire un monde qui n’a encore jamais existé. Avec ce Manifeste, les auteurs cherchent à montrer que l’on peut en trouver les prémisses dans l’Économie Sociale et Solidaire. Des prémisses à développer, faire fructifier, et améliorer, mais dont il faut avant tout prendre conscience. Ce manifeste s’adresse donc à toutes celles et ceux qui cherchent à construire un monde postcapitaliste...
 
Commander ici
De l'effet papillon à l'effet pangolin
 
Petit essai philosophique sur le coronavirus
Pendant la pandémie du coronavirus les soignants soignent, les gendarmes gendarment, les transporteurs transportent, les étudiants étudient, les enseignants télé-enseignent, les médias médiatisent. Les gouvernants, plus que jamais, s’arrogent le droit de diriger. Quant aux philosophes, ils philosophent. Ces quelques réflexions ont été rédigées en mars 2020, en plein confinement, avec le secours de Platon, Aristote, Pascal, Rousseau, Kant, Sartre et quelques autres. Et si cette pandémie ramenait à la surface des problèmes essentiels de nos sociétés et de chacun de nous ?
Jean-Paul Jouary est agrégé et docteur en philosophie, et enseigne à Paris et Abidjan. Il a publié une trentaine d’ouvrages, parmi lesquels, en 2019, La parole du mille-pattes. Difficile démocratie (éditions Belles Lettres) et Manuel de philosophie populaire. Sous les idées, la vie.
 
Commander ici
 
Je mets ici à votre disposition deux vidéo d’une séance des Agoras de l’Humanité portant sur la laïcité tenue le jeudi 18 février 2016 à l'Espace Oscar Niemeyer, à Paris.
 
 
 
Laïcité ! par Régis Debray
 
Regardez l'intégralité de la conférence de Régis Debray aux Agoras de l'Humanité sur le thème de la Laïcité, jeudi 18 février, à l'Espace Oscar Niemeyer à Paris.
 
Vidéo
 
Laïcité ! par Jean Paul Scot
 
Regardez l'intégralité de la conférence de Jean-Paul Scot aux Agoras de l'Humanité sur le thème de la Laïcité, jeudi 18 février, à l'Espace Oscar Niemeyer à Paris.
 
Vidéo
 
Nouvel opus de "Au pied de la lettre", avec Mohammed Aïssaoui
 
Pour ce troisième rendez-vous de l'émission des livres de l'Humanité, Vincent Roy reçoit Mohammed Aïssaoui, auteur des "Funambules" (Gallimard).
 
 
Restant à votre disposition je vous souhaite une bonne semaine en prenant soin de vous.
 
Amicalement.
 
Patrick Le Hyaric
 
 
- - -
 
Pensez à faire connaître cette Lettre hebdomadaire autour de vous en la partageant ou en abonnant vos proches, amies, collègues de travail...
 
 
 
Voir la version en ligne
 
 
Patrick Le Hyaric
5, rue Pleyel
93100 Saint-Denis
Facebook
Twitter
Instagram
Youtube
 
 
© 2017 Patrick Le Hyaric
 
 
Cet email a été envoyé à {EMAIL}.
Vous avez reçu cet email car vous vous êtes abonné à la Lettre de Patrick Le Hyaric.