La Lettre du 13 décembre 2020
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Bonjour à chacune et chacun,
 
J’ai une nouvelle fois consacré mon éditorial de L’Humanité-Dimanche de la semaine dernière aux enjeux liés au vaccin sous le titre « La santé, pas les profits ! ». 
 
La santé, pas les profits !
 
 L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 10 décembre.
 
Lire ici
 
Ce texte repose avec force les enjeux d’un vaccin en tant que bien commun de l’Humanité et invite à participer à la campagne européenne de collecte d’1 million de signatures dans sept pays européen. Ce dispositif inscrit dans le Traité de Lisbonne s’appelle « l’initiative citoyenne ». Un million de signatures obligent les institutions européennes à en tenir compte et à en débattre au Parlement européen puis au sein du collège des commissaires.

L’enjeu est important car il permet d’organiser un débat – avec les populations et les services de santé – sur le vaccin, qui ne doit pas être une marchandise, et au-delà sur l’enjeu de la santé pour toutes et tous. Celui-ci a à voir d’ailleurs avec l’ensemble des questions de civilisation qui nous traversent tant le défi de la santé humaine est intimement lié à la santé de la terre, de la biosphère et de la biodiversité mais aussi avec ceux du combat pour les inégalités.

Pour participer à cette campagne : noprofitonpandemic.eu/fr/
 
Avant d’en venir à mon sujet principal en lien avec la loi gouvernementale présentée ce 9 décembre au Conseil des ministres pour prétendument « conforter les principes républicains », je veux à nouveau alerter sur les décrets gouvernementaux paru le 4 décembre 2020 visant à une plus grande surveillance des citoyens et des personnes engagées dans le débat public au nom de la « sécurité publique ». Ces décrets visent à ficher des militants politiques et syndicaux, et non seulement ce que le pouvoir appelle habituellement « la radicalisation à caractère terroriste ».
 
L’Humanité y a consacré son « événement » dans son édition de mardi dernier. 
 
 
Très lié aux lois « sécurité globale » et à la loi qui s’appelait jusque-là « séparatisme », je reviens ici assez longuement sur ce qui a été annoncé le 9 septembre et dont je regrette une sorte de banalisation alors qu’elle pose de lourds problèmes pour « nos principes républicains ».
 
La République. Oui, mais laquelle ?
 
L’une des tares qui caractérisent notre époque tient au sort qu’elle réserve aux mots. Dans ce monde où la démocratie tend à se résumer à la communication électorale, ils font l’objet d’un malaxage permanent. Ainsi en va-t-il du mot « République », dont la charge symbolique est désormais telle qu’aucun groupement politique ne le récuse. Il n’en a pas toujours été ainsi. On pourrait dire « tant mieux !» et se satisfaire que ses ennemis d’hier (l’extrême droite), et d‘avant-hier (la droite bonapartiste comme orléaniste, LR comme LaREM), s’y reconnaissent désormais. Mais ce serait faire l’impasse sur les glissements que ces adoptions tardives du mot ont permis, sur le long terme, d’opérer sur la chose.

Insistons d’abord sur le fait que la récupération/redéfinition du concept de république est rendue possible par le flou qui entoure sa définition. Car cette forme de gouvernement a connu, depuis l’ère des révolutions qui balayèrent les anciens régimes, un succès foudroyant. Si bien qu’aujourd’hui la très grande majorité des pays à travers le monde s’en réclame, dont quasiment tous les régimes postcoloniaux. Son principe pourrait se résumer à l’opposition qu’elle instaure aux formes de gouvernement d’anciens régimes reposant sur un pouvoir héréditaire ou dynastique. Il semble difficile d’aller plus loin : la Chine qui se dit communiste, l’Iran théocratique, les Etats-Unis ultra-capitalistes et libéraux s’affirment tous « républiques ». A contrario, la Grande-Bretagne, la Belgique ou la Suède sont fondés sur un pouvoir dynastique, aux prérogatives certes limitées, et récusent le concept. Il n’y a donc aucun lien direct entre la forme républicaine de l’État et le niveau des libertés démocratiques ou la qualité des droits sociaux qui s’y déploient.

On ne peut donc raisonner abstraitement lorsque l’on interroge le concept de « République », comme le font trop souvent la droite et le pouvoir pour légitimer leur autoritarisme. En France, il s’enracine dans un seul et monumental évènement, la Grande révolution de 1789 et ses suites immédiates et plus lointaines. Or, c’est par l’action révolutionnaire que fut instituée la République en 1792 en prenant appui sur la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. C’est par l’action révolutionnaire qu’elle fit son retour en 1848, et c’est par l’action révolutionnaire encore qu’elle renaquit lors de la Commune qui institua, entre autres avancées décisives, la première séparation des Eglises et de l’État et s’inspirait fortement de la première République. Et c’est par l’action et la pression socialistes que la République renaissante consolida ses bases par une série de grandes lois démocratiques garantissant les Droits de l’Homme et du Citoyen. C’est encore par l’action des masses populaires et de leurs organisations, dont le Parti communiste français qui joua un rôle décisif, que la république sut se faire démocratique, sociale et laïque, du Front populaire à la Libération en passant par la victoire de la gauche en 1981. C’est donc par l’action démocratique que la République aura gagné, en France, ce fort contenu progressiste qui s’évanouit peu à peu.

République et démocratie

Il est aujourd’hui de bon ton d’opposer République et démocratie, l’une garantissant les pouvoirs de l’État sur la société, l’autre celle de la société sur l’État. L’histoire nous enseigne que cette opposition est tout à fait stérile pour quiconque vise à dépasser l’ordre établi et à briser le monopole du capitalisme sur nos sociétés. Car si l’État tend aujourd’hui à récuser toute forme d’intervention démocratique, institutionnelle comme citoyenne, c’est précisément en octroyant au capital, par des choix politiques, un pouvoir exorbitant par divers règlements, les privatisations, l’intégration à l’Europe libérale.

Amputer la république de l’exigence démocratique, c’est la condamner à n’être qu’un signifiant autoritaire au service d’un exécutif et d’une machine technocratique de plus en plus puissants et intimement liés aux institutions du capital, financières (banques et assurances) et politiques (institutions européennes et ministère des finances, entre autres). Bref, une république bourgeoise qui se refuse au compromis avec les classes populaires. C’est cette définition de la République qui tend aujourd’hui à s’imposer et que le texte de loi présenté par le gouvernement prétend « renforcer », sous prétexte de laïcité, et sous les applaudissements de la droite et de l’extrême droite qui n’ont d’autre ambition que d’en renforcer les pires aspects.
 
Cette République « libérale-autoritaire » se manifeste par sa défiance perpétuelle envers des catégories de la population jugées non conformes au moule d’une république amputée de ses missions sociales et de son aspect démocratique, d’une méfiance également vis-à-vis des assemblées locales mises sous tutelle préfectorales.

Cette conception est un poison mortel pour l’idée que nous nous faisons d’une République qui soit à la fois et indissociablement démocratique, sociale et laïque. La République française ne saurait se résumer ni à ses frontières, ni à sa culture forgée à travers les âges, ni à un régime de contraintes. Depuis la Révolution française et la fondation des principes républicains, elle est une nation civique, c’est à dire perpétuellement renouvelée par le contrat social et politique censé unir ses membres, fondé sur la liberté, l’égalité et la fraternité. Voilà le sens que la Révolution a donné à la République, et voilà ce que nous entendons par République.

Confusions liberticides

Une partie du pouvoir dont les ministres de l’intérieur et de l’éducation nationale, la droite et l’extrême droite sèment de terribles confusions. Non, les valeurs, qui ne sont d’ailleurs jamais précisées, ne sauraient s’imposer à tous. Personne n’est tenu en France d’être laïc, partisans de la liberté ou de l’égalité. Voilà qui serait parfaitement contraire à la laïcité qui garanti liberté de conscience, de l’exercice des cultes et de leur manifestation jusque dans l’espace public. Pas plus que personne n’est heureusement tenu d’être conforme à quelque prescription morale que ce soit.

Si la République réclame des efforts de chacun pour se conformer aux lois, il faut que celles-ci soient l’émanation d’un contrat civique et social entre ses membres et qu’elles ne briment en aucun cas les aspirations individuelles ou collectives. C’est le droit et le droit seul, par les lois et les lois seules, conformes aux prescriptions révolutionnaires de 1789, qui s’impose à chacune et chacun. C’est la raison pour laquelle leur élaboration doit se faire avec la plus grande prudence en fixant au strict nécessaire des limites à la liberté d’expression, et en ne cédant à aucun opportunisme électoraliste. Ce n’est malheureusement que trop rarement le cas, comme en témoigne l’inflation de lois dont le bilan n’est jamais fait, qui s’additionnent et se répètent souvent au détriment de leur intelligibilité.

République, laïcité et visée communiste

En France, la laïcité protège l’État des religions dans la mesure où celui-ci garantit à chaque citoyen, quelque soit ses opinions, des droits imprescriptibles, dont la liberté absolue de conscience. Dans la mesure, également, où cet État se refuse à toute forme de discrimination et, au contraire, se veut le creuset des différences par un contrat de citoyenneté qui unit chacun de ses membres. Démocratique, sociale et laïque : sans ces trois conditions et sans cet ancrage, la République n’est qu’une coquille vide qui vogue au gré des vents, même des plus mauvais. En les réunissant, elle est une condition nécessaire du déploiement des combats et d’une visée communiste.
 
 
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Prenez soin de vous, je vous adresse mes amicales salutations.

Patrick Le Hyaric
 
 
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